vendredi 21 juin 2013

124ème : 8 USED Lancement du projet ALMA "ALLIANCES VALIDES/HANDICAPES"

Que le temps passe vite : voilà longtemps que je n’ai pas rajouté un épisode à mon blog, c’est le signe que ma Vie est débordante. Aujourd’hui, je vous présente un beau projet, une belle aventure humaine bien engagée, que nous initions et pilotons, Chantal C. et moi, en binôme valide/handicapé, intitulée : "Alliances valides/handicapés", mais qui pourrait aussi se nommer « Colibris(Handicap) Béarn ».

La clé de ce projet est qu'une "alliance valide/handicapé" est, à mes yeux, un levier extraordinairement plus puissant qu'une "alliance valide/valide" pour construire un monde plus fraternel, car la personne handicapée a souvent fait un long cheminement vers le changement, en relation avec les propos de Gandhi « Soyons le changement que nous voulons pour le monde ».

Je vous propose trois temps :
I-le premier avec le compte-rendu du lancement de cette Alliance,
II-le second avec une émission radio, que j’animais alors, avec un beau témoignage sur la « rencontre de la différence » au sein de l’association « Vivre Ensemble »,
III-le final avec deux poèmes récapitulant ce projet.

I-Lancement du projet « Alliances Valides/Handicapés »
Compte-rendu n°1 (13 juin 2013) à La Margelle 6 rue Henri IV Sendets 64320

Préalable : ce compte-rendu, fidèle dans l’esprit, se veut support d’informations et argumentaire pour tous ceux qui seraient intéressés et que nous souhaitons très nombreux.

Présents : 16 personnes au départ envisageaient leur éventuelle présence, et 8 étaient effectivement présentes : Elisabeth C, Chantal C, Bernadette H, Raymonde C, Simone D, Henia T, Véronique C et Jacques M. Huit personnes, excusées d’office : Monique L-P, Sylvette I, Claude R, Roseline D-R et son papa, Michel S, Philippe O et Philippe T.

Accueil (café, gâteaux…) très important pour le lancement de cette belle aventure humaine.
Présentation de chacune et de chacun : afin de « mieux se connaître pour mieux se comprendre ». Les participants viennent de divers horizons d’amitié : l’Hospitalité Basco-Béarnaise (HBB), l’équipe des « Mouettes » de la plaine de Nay, des voisinages, de l’Université de Pau (CIEH : Certificat International d’Ecologie Humaine)… 

Genèse de ce projet : l’initiateur Jacques M explique qu’il y a six « germes proches » à ce projet :
-le 1er est sa rencontre, au réveillon solidaire de la Margelle le 31 décembre 2011, avec Elisabeth C puis son accompagnement hebdomadaire depuis, en immersion profonde dans le monde du handicap, de la souffrance et du désespoir,
-le 2ème est sa fidèle implication depuis 15 ans à l’association « Vivre Ensemble » tous les jeudis de l’Ascension, en amitié avec Françoise et Pierre Guillaume, eux-mêmes, en responsabilité à l’HBB,
-le 3ème est sa récente appartenance, comme hospitalier, à l’HBB avec pèlerinage à Lourdes et prochainement également à Rome,
-le 4ème est le constat qu’il existait déjà, depuis 7/8 ans, sur l’Est de Pau, une belle « alliance valides/handicapés », appelée « Les Mouettes »,
-le 5ème est l’existence, sur son village de Sendets, d’une association « Les Amis de la Margelle », un lieu-ressource solidaire, où il se trouve en responsabilité,  
-le 6ème, déterminant, est la rencontre à l’HBB avec Chantal C, qui a l’expérience des Mouettes, une belle énergie et est prête à s’investir dans le binôme d’animation de ce projet.

Notre projet brièvement, en cohérence avec le charisme de notre nouveau pape François : d’abord l’écoute prioritaire de la personne handicapée, ensuite la richesse potentielle des apports réciproques handicapés/valides et enfin la multiplication de ces alliances un peu partout. Pour faire bref, le projet pourrait s’exprimer ainsi : « Sortir de l’enfermement des personnes handicapées indépendantes chez elles, mais dépendantes pour sortir, avec un coup de main de bénévoles valides, en s’appuyant sur des sorties/rencontres organisées ailleurs ou sur mesure ».

Esprit : c’est une alliance d’amitié, légère, ouverte, non administrative, qui veut tisser du lien entre valides et handicapés, pour faire évoluer les regards, en s’appuyant sur l’existant, sans créer de structures nouvelles mais en reliant personnes, associations, entités diverses qui partagent des valeurs voisines de solidarité. Chacun dispose de sa totale liberté pour s’impliquer, un peu ou plus, et chacun doit pouvoir trouver réponse à ses attentes mais aussi à ses apports souhaités, en se faisant PLAISIR. 
« Chacun de nous est unique et merveilleux et Ensemble, nous pouvons tout ».

Alliance de base :
La création d’une alliance, qui doit rester à dimension humaine, s’appuie sur quelques « ingrédients » :
1-un initiateur volontaire (valide V ou Handicapé H),
2-constitution d’un binôme V/H de base (animation, information partagée, trait d’union),
3-mobilisation de bénévoles « pousseurs (de fauteuils) potentiels », au minimum ½ journée par mois,
4-liste de personnes handicapées, intéressées,
5-propositions de sorties/rencontres en relation avec diverses associations et avec l’ « Alliance pilote de la Margelle »,
6-accueil/hébergement éventuel « des personnes alliées » par une association volontaire.
Concrètement, une alliance de base existe dès la présence d’un binôme V/H avec une sortie, rencontre ou partage ½ journée par mois, avec une volonté d’élargir si possible cette équipe et en relation souple avec le binôme d’animation. 

Alliance « pilote » de la Margelle :
C’est d’abord une alliance de base, où le binôme fondateur est Chantal C/Jacques M. et où le lieu ressource de la Margelle, disposant d’une belle salle équipée, pourra être utilisé pour des rencontres, présentations… conformément au statut de l’association « Les Amis de la Margelle » : « animer le lieu de vie…dans un   esprit de rencontre, fraternité et ressourcement personnel » et en cohérence également avec le statut de l’HBB : « créer une communauté de générosité, fraternité, spiritualité entre valides et handicapés », prenant en compte un des buts principaux « visiter, accompagner, assurer un suivi avec les personnes malades ou handicapées, tout au long de l’année ».
Cette alliance pilote/laboratoire de la Margelle, composée de personnes adhérentes à l’association locale des « Amis de la Margelle » (cotisation : 10€) aura bien sûr pour vocation de vivre pleinement cette relation de proximité, cette alliance d’amitié, mais aussi de faciliter l’émergence de multiples alliances un peu partout (unités de l’ordre d’une dizaine de personnes handicapées maximum).
  
Activités programmées à la Margelle :
Les deux évènements majeurs de l’association des « Amis  de la Margelle » sur Sendets, que sont le « Feu de la Saint Jean » (22 juin 2013) et le « Réveillon de la Saint Sylvestre » devraient bénéficier de la présence de « l’Alliance ». Et certaines sorties/projections proposées sur place à la Margelle seront ouvertes à tous les  adhérents des « Amis de la Margelle ».
Dans l’immédiat et à chaud, au-delà de Jacques, 4 personnes ont adhéré aux « Amis de la Margelle » (Véronique C, Bernadette H, Chantal C, Raymonde C) 4 devraient être présentes au Feu de la Saint Jean (Bernadette H, Chantal C, Elisabeth C, Eliane T) et 3 au Réveillon de la Saint Sylvestre (Chantal C, Raymonde C, Elisabeth C).

Echanges sur les activités souhaitées et possibles :
La force de ces alliances s’appuie sur deux leviers majeurs : la mobilisation de bénévoles et les propositions de sorties. Et l’écoute de chacun sera essentielle pour avancer ensemble. Concrètement, pour démarrer, il sera possible de s’appuyer sur de nombreuses associations/entités où Jacques M s’est impliqué : AMIEZ (bénévoles et sorties), HBB (bénévoles), Astronomie, Aumônerie, Amis de la Margelle, Vivre Ensemble, Mouvement Colibris, CIEH, Emmaüs, Foyer-logement des Pères Blancs, Kibouge…

Il existe également des outils précieux :  www.cdrp64.com/sentiers-et-topoguides/les-balades-à-roulettes .
Il s’agit ici du démarrage et des premières pierres posées, mais l’expérience montrera et montre déjà l’extraordinaire fécondité potentielle de cette alliance V/H. A très bientôt.

Pour découvrir, loger éventuellement, et surtout accéder à ce lieu-ressource et magique qu’est la Margelle : http://lamargelle.pagesperso-orange.fr . C’est en quelque sorte un éco-quartier, basé sur la solidarité, Jacques M, correspondant Colibri Béarn, habitant au 4 rue Henri IV.


II-Rencontre de la différence avec « Vivre Ensemble »





http://www.veosmarsillon.fr Soyez attentif à cette association extraordinaire, évoquée dans notre projet. A l’époque où j’animais des émissions radio, j’avais eu beaucoup de joie à interviewer Françoise et Pierre Guillaume, avec leur superbe témoignage sur la « rencontre de la différence » au sein de l’association « Vivre Ensemble ».
Vous noterez que cette émission s’illustre d’entrée par Virginie, déguisée en clown, sur son fauteuil et que quelques sept ans plus tard, nous la retrouvons en mère attentive, avec son petit Mathis, photographiée il y a déjà un peu de temps, probablement par le papa Franck. Le 9 mai 2013, nous avons eu le plaisir de les retrouver tous les trois à la journée « Vivre Ensemble » à Os-Marsillon.










III-Projet récapitulé en deux poèmes
Vous aurez noté que l’émission citée s’achève sur un magnifique poème, à forte densité émotive, d’Annie M, poète et judokate, fidèle de longue date à « Vivre Ensemble ».
Dans le même esprit, en me remémorant les visages de tous ceux, plus ou moins cabossés par la vie, que j’ai accompagnés et aimés au fil des années, j’ai écrit en ce mois de mai 2013 un premier texte « confidentiel » à l’ami en souffrance et puis rapidement un second, qui amorce et récapitule notre aventure humaine en marche.  







CONFIDENCE
A l’Ami en souffrance, connu ou inconnu

Ce soir il est bien tard, malgré tout, j’aimerai
Quelqu’instants avec toi, rêver et j’oserai,
Peut-être, au fil des mots, livrer dans le silence,
Toutes mes pensées intimes, voltigeant en cadence.

Chanceux toujours je fus, grandissant avec joie,
Curieux souvent de tout, sans en sentir le poids.
Les dieux me furent cléments, privilège abusif,
En vue de quelle mission, j’en suis toujours pensif.

Et si c’était la joie, de Vivre et donc d’Aimer,
Qu’il me fallait transmettre, sans répit, sans chômer,
A tous  ceux qui galèrent, sans espoir et sans lien,
Désespérés parfois, ne croyant plus en rien.

Il y a peu de temps, ton sourire m’a frappé,
J’appris à te connaître, à t’aimer d’amitié.
Ton histoire me toucha, j’en fus bouleversé,
Demain dans la durée, ton destin inversé !




 
ALLIANCES INFORMELLES
Fauteuils/baskets (valides/handicapés !)

Que fleurissent partout, d’informelles Alliances,
Où, cœur à cœur unis, Belle Dame Reliance
Déclenche l’Espérance, pour nous, pauvres Humains,
Bourrés de grands talents, mais nuls pour voir demain.
Jésus, Gandhi, Bouddha, et Mahomet ainsi
Qu’Hessel, Morin, Rabhi et tant d’autres : MERCI.
Toi, moi, à notre tour, levons nos fronts honteux,
Affrontons joyeusement tous ces périls miteux.
Le vieux monde moribond, attend impatiemment
Que s’éveillent à la Vie, tous ses enfants aimants.




BON VENT à TOUTES et à TOUS

jeudi 28 mars 2013

123ème : 7 USED MERCI mille fois, cher COLIBRI Edgar MORIN


 

Comme d’habitude, il appartient au « Fou du Roi »(désigné FR), bien connu des lecteurs coutumiers, de frapper les trois coups rituels, en ouvrant ainsi ce 7ème épisode USED (Un Senior Enthousiaste de Demain).

 
1-FR : Cher « Sen(i)or Jacques » (SJ), pourrais-tu nous dire pourquoi ce billet, afin de permettre aux lecteurs d’en savoir un peu plus ?

 
SJ : Cher FR : J’ai choisi avant le « grand oral » de François Hollande ce soir, de vous proposer un véritable texte Politique (avec un P majuscule) d’Edgar Morin, un texte d’ESPOIR, écrit en 2011 sous le règne de l’ancien président, mais toujours d’actualité sous le règne du nouveau.  

Je l’ai découvert récemment sur un réseau social, bien connu, et je l’ai ainsi commenté :
« Merci mille fois, cher Edgar, que j'ai eu la chance de cotoyer avec Pierre Rabhi sur une tribune, lors du lancement de l’explosive campagne Colibris TNT (Transformons Nos Territoires), également appelée campagne "Tous Candidats" au changement. Bravo pour ces propos que je partage totalement et qui vont m'économiser l'écriture de propos très, très proches, mais de façon beaucoup plus laborieuse avec une crédibilité très faiblarde pour moi, par rapport à votre cheminement ».

Maintenant la (R)EVOLUTION COLIBRIS s’est engagée et la grand colibri Edgar Morin, lui-même, avait lancé un solennel appel « Colibris de toutes plumes, unissez-vous ».

2-FR : Avant d’abandonner mon rôle de questionneur, pourrais-tu nous introduire ce texte d’Edgar Morin ?

SR : Bien sûr. En préalable, j’aime beaucoup Edgar que j’ai déjà évoqué sur ce blog, à travers son ouvrage « La Voie ». Aujourd’hui, il s’agit précisément d’une interview pour le n°30 du mois de novembre 2011, de la revue TerraEco, dont le thème était, me semble-t-il : RALENTIR… vite !

En une phrase, ses propos, véritablement « titan(ic)esques », pourraient se résumer ainsi :
Edgar Morin : «  Nous avançons comme des somnambules vers la catastrophe  ».

3-TerraEco poursuit en introduisant ainsi son interview : « Que faire dans cette période de crise aiguë ? S’indigner, certes. Mais surtout agir. A 90 ans, le philosophe et sociologue Edgar Morin nous invite à résister au diktat de l’urgence. Pour lui, l’espoir est à portée de main ».

4-TerraEco : Pourquoi la vitesse est-elle à ce point ancrée dans le fonctionnement de notre société ?
Edgar Morin : La vitesse fait partie du grand mythe du progrès, qui anime la civilisation occidentale depuis le XVIIIe et le XIXe siècle. L’idée sous-jacente, c’est que nous allons grâce à lui vers un avenir toujours meilleur. Plus vite nous allons vers cet avenir meilleur, et mieux c’est, naturellement.

C’est dans cette optique que se sont multipliées les communications, aussi bien économiques que sociales, et toutes sortes de techniques qui ont permis de créer des transports rapides. Je pense notamment à la machine à vapeur, qui n’a pas été inventée pour des motivations de vitesse mais pour servir l’industrie des chemins de fer, lesquels sont eux-mêmes devenus de plus en plus rapides. Tout cela est corrélatif par le fait de la multiplication des activités et rend les gens de plus en plus pressés. Nous sommes dans une époque où la chronologie s’est imposée.

5-TerraEco : Cela est-il donc si nouveau ?

Dans les temps anciens, vous vous donniez rendez-vous quand le soleil se trouvait au zénith. Au Brésil, dans des villes comme Belém, encore aujourd’hui, on se retrouve « après la pluie ». Dans ces schémas, vos relations s’établissent selon un rythme temporel scandé par le soleil. Mais la montre-bracelet, par exemple, a fait qu’un temps abstrait s’est substitué au temps naturel.

Et le système de compétition et de concurrence – qui est celui de notre économie marchande et capitaliste – fait que pour la concurrence, la meilleure performance est celle qui permet la plus grande rapidité. La compétition s’est donc transformée en compétitivité, ce qui est une perversion de la concurrence.

 6-TerraEco : Cette quête de vitesse n’est-elle pas une illusion ?

En quelque sorte si. On ne se rend pas compte – alors même que nous pensons faire les choses rapidement – que nous sommes intoxiqués par le moyen de transport lui-même qui se prétend rapide. L’utilisation de moyens de transport toujours plus performants, au lieu d’accélérer notre temps de déplacement, finit – notamment à cause des embouteillages – par nous faire perdre du temps ! Comme le disait déjà Ivan Illich (philosophe autrichien né en 1926 et mort en 2002, ndlr) : « La voiture nous ralentit beaucoup. » Même les gens, immobilisés dans leur automobile, écoutent la radio et ont le sentiment d’utiliser malgré tout le temps de façon utile. Idem pour la compétition de l’information. On se rue désormais sur la radio ou la télé pour ne pas attendre la parution des journaux.

Toutes ces multiples vitesses s’inscrivent dans une grande accélération du temps, celui de la mondialisation. Et tout cela nous conduit sans doute vers des catastrophes.

 7-TerraEco : Le progrès et le rythme auquel nous le construisons nous détruit-il nécessairement ?

Le développement techno-économique accélère tous les processus de production de biens et de richesses, qui eux-mêmes accélèrent la dégradation de la biosphère et la pollution généralisée. Les armes nucléaires se multiplient et on demande aux techniciens de faire toujours plus vite. Tout cela, effectivement, ne va pas dans le sens d’un épanouissement individuel et collectif !

 8-TerraEco : Pourquoi cherchons-nous systématiquement une utilité au temps qui passe ?

 

Prenez l’exemple du déjeuner. Le temps signifie convivialité et qualité. Aujourd’hui, l’idée de vitesse fait que dès qu’on a fini son assiette, on appelle un garçon qui se dépêche pour débarrasser et la remplacer. Si vous vous emmerdez avec votre voisin, vous aurez tendance à vouloir abréger ce temps. C’est le sens du mouvement Slow Food dont est née l’idée de « slow life », de « slow time » et même de « slow science ». Un mot là-dessus. Je vois que la tendance des jeunes chercheurs, dès qu’ils ont un domaine, même très spécialisé, de travail, consiste pour eux à se dépêcher pour obtenir des résultats et publier un « grand » article dans une « grande » revue scientifique internationale, pour que personne d’autre ne publie avant eux. Cet esprit se développe au détriment de la réflexion et de la pensée. Notre temps rapide est donc un temps antiréflexif. Et ce n’est pas un hasard si fleurissent dans notre pays un certain nombre d’institutions spécialisées qui prônent le temps de méditation. Le « yoguisme », par exemple, est une façon d’interrompre le temps rapide et d’obtenir un temps tranquille de méditation. On échappe de la sorte à la chronométrie. Les vacances, elles aussi, permettent de reconquérir son temps naturel et ce temps de la paresse. L’ouvrage de Paul Lafargue Le droit à la paresse (qui date de 1880, ndlr) reste plus actuel que jamais car ne rien faire signifie temps mort, perte de temps, temps non-rentable.

 9-TerraEco : Pourquoi ?

Nous sommes prisonniers de l’idée de rentabilité, de productivité et de compétitivité. Ces idées se sont exaspérées avec la concurrence mondialisée, dans les entreprises, puis répandues ailleurs. Idem dans le monde scolaire et universitaire ! La relation entre le maître et l’élève nécessite un rapport beaucoup plus personnel que les seules notions de rendement et de résultats. En outre, le calcul accélère tout cela. Nous vivons un temps où il est privilégié pour tout. Aussi bien pour tout connaître que pour tout maîtriser. Les sondages qui anticipent d’un an les élections participent du même phénomène. On en arrive à les confondre avec l’annonce du résultat. On tente ainsi de supprimer l’effet de surprise toujours possible.

 10-TerraEco : A qui la faute ? Au capitalisme ? A la science ?

Nous sommes pris dans un processus hallucinant dans lequel le capitalisme, les échanges, la science sont entraînés dans ce rythme. On ne peut rendre coupable un seul homme. Faut-il accuser le seul Newton d’avoir inventé la machine à vapeur ? Non. Le capitalisme est essentiellement responsable, effectivement. Par son fondement qui consiste à rechercher le profit. Par son moteur qui consiste à tenter, par la concurrence, de devancer son adversaire. Par la soif incessante de « nouveau » qu’il promeut grâce à la publicité… Quelle est cette société qui produit des objets de plus en plus vite obsolètes ? Cette société de consommation qui organise la fabrication de frigos ou de machines à laver non pas à la durée de vie infinie, mais qui se détraquent au bout de huit ans ? Le mythe du nouveau, vous le voyez bien – et ce, même pour des lessives – vise à toujours inciter à la consommation. Le capitalisme, par sa loi naturelle – la concurrence –, pousse ainsi à l’accélération permanente, et par sa pression « consommationniste », à toujours se procurer de nouveaux produits qui contribuent eux aussi à ce processus.

 11-TerraEco : On le voit à travers de multiples mouvements dans le monde, ce capitalisme est questionné. Notamment dans sa dimension financière…
Nous sommes entrés dans une crise profonde sans savoir ce qui va en sortir. Des forces de résistance se manifestent effectivement. L’économie sociale et solidaire en est une. Elle incarne une façon de lutter contre cette pression. Si on observe une poussée vers l’agriculture biologique avec des petites et moyennes exploitations et un retour à l’agriculture fermière, c’est parce qu’une grande partie de l’opinion commence à comprendre que les poulets et les porcs industrialisés sont frelatés et dénaturent les sols et la nappe phréatique. Une quête vers les produits artisanaux, les Amap (Associations pour le maintien d’une agriculture paysanne, ndlr), indique que nous souhaitons échapper aux grandes surfaces qui, elles-mêmes, exercent une pression du prix minimum sur le producteur et tentent de répercuter un prix maximum sur le consommateur. Le commerce équitable tente, lui aussi, de court-circuiter les intermédiaires prédateurs. Certes, le capitalisme triomphe dans certaines parties du monde, mais une autre frange voit naître des réactions qui ne viennent pas seulement des nouvelles formes de production (coopératives, exploitations bio), mais de l’union consciente des consommateurs. C’est à mes yeux une force inemployée et faible car encore dispersée. Si cette force prend conscience des produits de qualité et des produits nuisibles, superficiels, une force de pression incroyable se mettra en place et permettra d’influer sur la production.

 12-TerraEco : Les politiques et leurs partis ne semblent pas prendre conscience de ces forces émergentes. Ils ne manquent pourtant pas d’intelligence d’analyse…

Mais vous partez de l’hypothèse que ces hommes et femmes politiques ont déjà fait cette analyse. Or, vous avez des esprits limités par certaines obsessions, certaines structures.

 13-TerraEco : Par obsession, vous entendez croissance ?

Oui ! Ils ne savent même pas que la croissance – à supposer qu’elle revienne un jour dans les pays que l’on dit développés – ne dépassera pas 2 % ! Ce n’est donc pas cette croissance-là qui parviendra à résoudre la question de l’emploi ! La croissance que l’on souhaite rapide et forte est une croissance dans la compétition. Elle amène les entreprises à mettre des machines à la place des hommes et donc à liquider les gens et à les aliéner encore davantage. Il me semble donc terrifiant de voir que des socialistes puissent défendre et promettre plus de croissance. Ils n’ont pas encore fait l’effort de réfléchir et d’aller vers de nouvelles pensées.

 14-TerraEco : Décélération signifierait décroissance ?

Ce qui est important, c’est de savoir ce qui doit croître et ce qui doit décroître. Il est évident que les villes non polluantes, les énergies renouvelables et les grands travaux collectifs salutaires doivent croître. La pensée binaire, c’est une erreur. C’est la même chose pour mondialiser et démondialiser : il faut poursuivre la mondialisation dans ce qu’elle créé de solidarités entre les peuples et envers la planète, mais il faut la condamner quand elle crée ou apporte non pas des zones de prospérité mais de la corruption ou de l’inégalité. Je milite pour une vision complexe des choses.

 15-TerraEco : La vitesse en soi n’est donc pas à blâmer ?

Voilà. Si je prends mon vélo pour aller à la pharmacie et que je tente d’y parvenir avant que celle-ci ne ferme, je vais pédaler le plus vite possible. La vitesse est quelque chose que nous devons et pouvons utiliser quand le besoin se fait sentir. Le vrai problème, c’est de réussir le ralentissement général de nos activités. Reprendre du temps, naturel, biologique, au temps artificiel, chronologique et réussir à résister. Vous avez raison de dire que ce qui est vitesse et accélération est un processus de civilisation extrêmement complexe, dans lequel techniques, capitalisme, science, économie ont leur part. Toutes ces forces conjuguées nous poussent à accélérer sans que nous n’ayons aucun contrôle sur elles. Car notre grande tragédie, c’est que l’humanité est emportée dans une course accélérée, sans aucun pilote à bord. Il n’y a ni contrôle, ni régulation. L’économie elle-même n’est pas régulée. Le Fonds monétaire international n’est pas en ce sens un véritable système de régulation.

 16-TerraEco : Le politique n’est-il pas tout de même censé « prendre le temps de la réflexion » ?

On a souvent le sentiment que par sa précipitation à agir, à s’exprimer, il en vient à œuvrer sans nos enfants, voire contre eux… Vous savez, les politiques sont embarqués dans cette course à la vitesse. J’ai lu une thèse récemment sur les cabinets ministériels. Parfois, sur les bureaux des conseillers, on trouvait des notes et des dossiers qualifiés de « U » pour « urgent ». Puis sont apparus les « TU » pour « très urgent » puis les « TTU ». Les cabinets ministériels sont désormais envahis, dépassés. Le drame de cette vitesse, c’est qu’elle annule et tue dans l’œuf la pensée politique. La classe politique n’a fait aucun investissement intellectuel pour anticiper, affronter l’avenir. C’est ce que j’ai tenté de faire dans mes livres comme Introduction à une politique de l’homme, La voie, Terre-patrie… L’avenir est incertain, il faut essayer de naviguer, trouver une voie, une perspective. Il y a toujours eu, dans l’Histoire, des ambitions personnelles. Mais elles étaient liées à des idées. De Gaulle avait sans doute une ambition, mais il avait une grande idée. Churchill avait de l’ambition au service d’une grande idée, qui consistait à vouloir sauver l’Angleterre du désastre. Désormais, il n’y a plus de grandes idées, mais de très grandes ambitions avec des petits bonshommes ou des petites bonnes femmes.

 17-TerraEco : Michel Rocard déplorait il y a peu pour « Terra eco » la disparition de la vision à long terme…

Il a raison, mais il a tort. Un vrai politique ne se positionne pas dans l’immédiat mais dans l’essentiel. A force d’oublier l’essentiel pour l’urgence, on finit par oublier l’urgence de l’essentiel. Ce que Michel Rocard appelle le « long terme », je l’intitule « problème de fond », « question vitale ». Penser qu’il faut une politique planétaire pour la sauvegarde de la biosphère – avec un pouvoir de décision qui répartisse les responsabilités car on ne peut donner les mêmes responsabilités à des pays riches et à des pays pauvres –, c’est une politique essentielle à long terme. Mais ce long terme doit être suffisamment rapide car la menace elle-même se rapproche.

 18-TerraEco : Le président de la République Nicolas Sarkozy (interview en novembre 2011) n’incarne-t-il pas l’immédiateté et la présence médiatique permanente ?

Il symbolise une agitation dans l’immédiateté. Il passe à des immédiatetés successives. Après l’immédiateté, qui consiste à accueillir le despote libyen Kadhafi car il a du pétrole, succède l’autre immédiateté, où il faut détruire Kadhafi sans pour autant oublier le pétrole… En ce sens, Sarkozy n’est pas différent des autres responsables politiques, mais son caractère versatile et capricieux en fait quelqu’un de très singulier pour ne pas dire un peu bizarre.

 19-TerraEco : Edgar Morin, vous avez 90 ans. L’état de perpétuelle urgence de nos sociétés vous rend-il pessimiste ?

Cette absence de vision m’oblige à rester sur la brèche. Il y a une continuité dans la discontinuité. Je suis passé de l’époque de la Résistance où j’étais jeune, où il y avait un ennemi, un occupant et un danger mortel, à d’autres formes de résistances qui ne portaient pas, elles, de danger de mort, mais celui de rester incompris, calomnié ou bafoué. Après avoir été communiste de guerre et après avoir combattu l’Allemagne nazie avec de grands espoirs, j’ai vu que ces espoirs étaient trompeurs et j’ai rompu avec ce totalitarisme-là, devenu ennemi de l’humanité. J’ai combattu cela et résisté. J’ai ensuite – naturellement – défendu l’indépendance du Vietnam ou de l’Algérie, quand il s’agissait de liquider un passé colonial. Cela me semblait si logique après avoir lutté pour la propre indépendance de la France, mise en péril par le nazisme. Au bout du compte, nous sommes toujours pris dans des nécessités de résister.

 20-TerraEco : Et aujourd’hui ?

Aujourd’hui, je me rends compte que nous sommes sous la menace de deux barbaries associées. Humaine tout d’abord, qui vient du fond de l’histoire et qui n’a jamais été liquidée : le camp américain de Guantánamo ou l’expulsion d’enfants et de parents que l’on sépare, ça se passe aujourd’hui ! Cette barbarie-là est fondée sur le mépris humain. Et puis la seconde, froide et glacée, fondée sur le calcul et le profit. Ces deux barbaries sont alliées et nous sommes contraints de résister sur ces deux fronts. Alors, je continue avec les mêmes aspirations et révoltes que celles de mon adolescence, avec cette conscience d’avoir perdu des illusions qui pouvaient m’animer quand, en 1931, j’avais dix ans.

 21-TerraEco : La combinaison de ces deux barbaries nous mettrait en danger mortel…

Oui, car ces guerres peuvent à tout instant se développer dans le fanatisme. Le pouvoir de destruction des armes nucléaires est immense et celui de la dégradation de la biosphère pour toute l’humanité est vertigineux. Nous allons, par cette combinaison, vers des cataclysmes. Toutefois, le probable, le pire, n’est jamais certain à mes yeux, car il suffit parfois de quelques événements pour que l’évidence se retourne.

 22-TerraEco : Des femmes et des hommes peuvent-ils aussi avoir ce pouvoir ?
Malheureusement, dans notre époque, le système empêche les esprits de percer. Quand l’Angleterre était menacée à mort, un homme marginal a été porté au pouvoir, qui se nommait Churchill. Quand la France était menacée, ce fut De Gaulle. Pendant la Révolution, de très nombreuses personnes, qui n’avaient aucune formation militaire, sont parvenues à devenir des généraux formidables, comme Hoche ou Bonaparte ; des avocaillons comme Robespierre, de grands tribuns. Des grandes époques de crise épouvantable suscitent des hommes capables de porter la résistance. Nous ne sommes pas encore assez conscients du péril. Nous n’avons pas encore compris que nous allons vers la catastrophe et nous avançons à toute allure comme des somnambules.

 23-TerraEco : Le philosophe Jean-Pierre Dupuy estime que de la catastrophe naît la solution. Partagez-vous son analyse ?

Il n’est pas assez dialectique. Il nous dit que la catastrophe est inévitable mais qu’elle constitue la seule façon de savoir qu’on pourrait l’éviter. Moi je dis : la catastrophe est probable, mais il y a l’improbabilité. J’entends par « probable », que pour nous observateurs, dans le temps où nous sommes et dans les lieux où nous sommes, avec les meilleures informations disponibles, nous voyons que le cours des choses nous emmène à toute vitesse vers les catastrophes. Or, nous savons que c’est toujours l’improbable qui a surgi et qui a « fait » la transformation. Bouddha était improbable, Jésus était improbable, Mahomet, la science moderne avec Descartes, Pierre Gassendi, Francis Bacon ou Galilée était improbables, le socialisme avec Marx ou Proudhon était improbable, le capitalisme était improbable au Moyen-Age… Regardez Athènes. Cinq siècles avant notre ère, vous avez une petite cité grecque qui fait face à un empire gigantesque, la Perse. Et à deux reprises – bien que détruite la seconde fois – Athènes parvient à chasser ces Perses grâce au coup de génie du stratège Thémistocle, à Salamine. Grâce à cette improbabilité incroyable est née la démocratie, qui a pu féconder toute l’histoire future, puis la philosophie. Alors, si vous voulez, je peux aller aux mêmes conclusions que Jean-Pierre Dupuy, mais ma façon d’y aller est tout à fait différente. Car aujourd’hui existent des forces de résistance qui sont dispersées, qui sont nichées dans la société civile et qui ne se connaissent pas les unes les autres. Mais je crois au jour où ces forces se rassembleront, en faisceaux. Tout commence par une déviance, qui se transforme en tendance, qui devient une force historique. Nous n’en sommes pas encore là, certes, mais c’est possible.

 24-TerraEco : Il est donc possible de rassembler ces forces, d’engager la grande métamorphose, de l’individu puis de la société ?

Ce que j’appelle la métamorphose, c’est le terme d’un processus dans lequel de multiples réformes, dans tous les domaines, commencent en même temps.

 25-TerraEco : Nous sommes déjà dans un processus de réformes…

Non, non. Pas ces pseudo-réformes. Je parle de réformes profondes de vie, de civilisation, de société, d’économie. Ces réformes-là devront se mettre en marche simultanément et être intersolidaires.

 26-TerraEco : Vous appelez cette démarche « le bien-vivre ». L’expression semble faible au regard de l’ambition que vous lui conférez.

L’idéal de la société occidentale – « bien-être » – s’est dégradé en des choses purement matérielles, de confort et de propriété d’objet. Et bien que ce mot « bien-être » soit très beau, il fallait trouver autre chose. Et quand le président de l’Equateur Rafael Correa a trouvé cette formule de « bien-vivre », reprise ensuite par Evo Morales (le président bolivien, ndlr), elle signifiait un épanouissement humain, non seulement au sein de la société mais aussi de la nature. L’expression « bien vivir » est sans doute plus forte en espagnol qu’en français. Le terme est « actif » dans la langue de Cervantès et passif dans celle de Molière. Mais cette idée est ce qui se rapporte le mieux à la qualité de la vie, à ce que j’appelle la poésie de la vie, l’amour, l’affection, la communion et la joie et donc au qualitatif, que l’on doit opposer au primat du quantitatif et de l’accumulation. Le bien-vivre, la qualité et la poésie de la vie, y compris dans son rythme, sont des choses qui doivent – ensemble – nous guider. C’est pour l’humanité une si belle finalité. Cela implique aussi et simultanément de juguler des choses comme la spéculation internationale… Si l’on ne parvient pas à se sauver de ces pieuvres qui nous menacent et dont la force s’accentue, s’accélère, il n’y aura pas de bien-vivre.

 Un grand merci également à TerraEco.
 

dimanche 30 décembre 2012

122ème : 6 USED Achèvement d’une passionnante année 2012 de transition/métamorphose

Il appartient au « Fou du Roi » (désigné FR), bien connu des lecteurs habituels, de frapper les trois coups rituels en ouvrant ainsi ce 6ème épisode USED (Un Senior Enthousiaste de Demain).

1-FR : Cher « Sen(i)or Jacques » (SJ), pardon d’être direct d’entrée : pourquoi nous as-tu abandonné si longtemps depuis le précédent épisode ?
SJ : Cher FR, tu as raison, deux mois d’un blog silencieux, c’est étrangement long. Je t’avouerai que j’ai presque culpabilisé de laisser ainsi en mini jachère ce champ d’écriture, mais tu auras compris que mon nouvel état « en transition » nécessite une nouvelle relation au temps, un nouvel art de vivre ainsi que des redéploiements de priorités. Par exemple, entre VIVRE et ECRIRE (pour transmettre), deux actes essentiels pour moi, la priorité à VIVRE « ici et maintenant » devient absolue, aussi, selon le principe des vases communicants, le silence de l’écrit correspond donc à une extrême densité de vie, à fortiori dans cette période de « double fête » (Noël/1er de l’an).

 2-FR : Tu me rassures totalement, j’ai craint un demi-instant un soupçon de déprime, d’abandon ou d’interrogation du type « A quoi bon ? ». J’hésite donc à te bousculer mais j’aimerai bien en savoir un peu plus.
SJ : Ah, je reconnais là ton impatience, Fou du Roi, reste cool et zen, lâche prise. Quant à moi, c’est vrai, j’aimerai lâcher aussi un peu plus prise et ne pas me sentir moralement obligé, comme ce 29 décembre 2012, dans l’entre-deux fête, de me lever à 4h du matin pour répondre à ton questionnement en « escribouillant » ce présent billet. Un peu de direct : chronologiquement ce jour, dès le saut du lit, sans faire de bruit pour ne pas réveiller la famille endormie, j’ai d’abord vérifié les bons réglages de mon bateau « jackdesendets », engagé, autour du monde, pour la 2ème fois au « Vendée Globe Virtuel », comme presque 500 000 autres participants, ensuite en allant chercher le journal à la boîte aux lettres, j’ai levé amoureusement les yeux vers le cosmos quasi éteint par la pleine lune, puis j’ai survolé cette presse locale « La République des Pyrénées » avec un éditorial qui m’a mis en joie et dont je vous reparlerai. Ensuite, je suis revenu à l’ordinateur pour un balayage rapide de mes divers réseaux sociaux en essaimant quelques commentaires et une nouvelle joie a surgi, en lisant le message Colibris de l’ami Pierre Rabhi, que j’évoquerai aussi plus tard.

3-FR : Comme d’habitude, l’intitulé de cet épisode est énigmatique, pourrais-tu dès à présent, nous dire ce qu’il en est ?
SJ : Enigmatique ??? Ce titre, clair à mes yeux, permet de positionner l’épisode dans le temps, fin 2012, en exprimant que ce fut une année passionnante intégrant la double signification du mot passion (cf. la Passion du Christ), dualité indissociable « joies et peines ». Le duo Transition/métamorphose donne, quant à lui, la tonalité générale : 1ère année d’une transition programmée de longue date et métamorphose pour faire un clin d’oeil à Edgar Morin, dont je me sens souvent très proche. 

 
4-FR : Pourrais-tu nous résumer ce que tu as l’intention de nous dire ?
SJ : Hier soir encore, j’avais l’intention d’être vraiment bref avec seulement deux sujets : l’esquisse de la transition en cours et ensuite, saison oblige, un magnifique cadeau de Nouvel An offert aux lecteurs, en fait une reprise d’un projet universel de Yann Arthus Bertrand « 7 milliards d’autres ». Ce matin, je rajouterai les deux autres sujets déjà évoqués, qui m’ont mis en joie aux aurores : l’éditorial de Jean-Marcel Bouguereau et le message de Pierre Rabhi, qui en fait, parlent de l’état du monde et sont à l’unisson.

5-FR : Commençons donc par ton « esquisse de transition en cours », vécue en 2012. Comment pourrais-tu l’expliciter ?
SJ : J’ai déjà, lors d’épisodes précédents, évoqué cette phase de transition, aussi bien au niveau du monde que de l’Homme (le vieux monde, le monde en transition, le monde nouveau). Aujourd’hui, à l’expérience d’une année de transition personnelle, je peux oser la formulation suivante :

« Comment mieux Vivre Ensemble » tous azimuts ? (du niveau personnel à l’échelle planétaire) », en survolant nos chemins de Vie avec cinq priorités personnelles : 1-nos liens de proximité, 2-l’attention aux plus fragiles et aux cabossés de la vie (jeunes, malades, handicapés, personnes âgées), 3-le dialogue interreligieux, 4-les merveilles du cosmos, 5-la poursuite de mes recherches sur le « Vivre Ensemble ».

6-FR : Vaste programme qui ne m’étonne qu’à moitié. Je note une continuité parfaite entre la motivation de ton blog (et de tes émissions radio) depuis une dizaine d’années : « Comment construire tous ensemble un monde plus fraternel ? », formulation qui est quasi identique à ton actuel « Comment Mieux Vivre Ensemble, tous azimuts ? ». Sachant que la famille doit être réveillée maintenant, je vais abréger mes questions. J’aime bien ton expression « en survolant nos chemins de vie », mais qu’est-ce que cela veut dire ?
SJ : Oui, la famille est partiellement réveillée. « Le survol de nos chemins de vie », cela veut dire d’abord qu’il s’agira d’un survol car je n’ai pas la prétention de passer le reste de ma vie à écrire une encyclopédie. Evoquons quelques survols potentiels : survols de nos liens, de nos réseaux, de nos familles, de nos entreprises, de nos engagements, de nos territoires, de nos politiques, de nos méthodes, de nos « fois » (traditions religieuses, spirituelles,…et autres), de nos rencontres, de nos voyages,…de notre présent, de notre avenir,…

7-FR : Tu nous annonces un énorme programme pour les temps à venir, mais je n’abuserai pas de ton temps et dans l’immédiat, ce serait bien, en guise d’intermède, si tu commentais les quelques illustrations choisies.
SJ : J’ai choisi cinq images pour illustrer ce 6ème épisode :
 
La 1ére représente un « SDF au miroir », qui interpelle chacun et peut illustrer la théorie de « l’interactionnisme symbolique de Blumer », qui sera évoquée lors d’un épisode prochain (ou lointain), où la règle d’or est de « se mettre à la place de l’autre ». Ceci concerne les deux axes concrets et majeurs de mes priorités, aussi bien le dialogue interreligieux (en particulier le dialogue musulman/chrétien en zone sahélienne) que la relation avec les cabossés de la vie (en particulier les personnes qui ont un handicap).

La 2ème représente une « pieuvre inquiétante » évoquant l’avancée d’Al-Qaida dans le désert malien et devrait être prochainement évoquée ?!

La 3ème reprend un « grabrouillon » sur paper-board, où j’ai griffonné le cheminement potentiel de mes recherches et de mon questionnement « Comment mieux vivre ensemble, tous azimuts ?».

La 4ème représente les « Merveilles du Cosmos », avec un Homme, en contemplation, en offrande devant la galaxie d’Andromède, accompagné d’une belle phrase de Victor Hugo « Bien lire l’Univers, c’est bien lire la Vie ».

La 5ème représente le magnifique projet « 7 milliards d’autres » dont il sera question, dans un instant, avec cette myriade de visages et de paroles qui s’offrent en cadeau.

 
 
 
 
8-FR : Après cet intermède récréatif, je voudrais que tu nous fasses partager brièvement tes deux grandes joies matinales, concernant toutes deux l’Etat du monde.   
 SJ : Merci cher Fou que j’aime, pour ton empathie. Pour partager ces joies, seront donc convoquées d’éminentes et belles personnes qui disent toutes pratiquement la même chose : l’éditorialiste cité Jean-Michel Bouguereau, inconnu pour moi actuellement, Michel Serres, Pierre Rabhi, l’abbé Pierre et vous me permettrez d’y adjoindre Gandhi, qui ouvre donc ce sujet vital de notre monde à l’agonie, soumis à un acharnement thérapeutique : 

« Ce monde est ce que nous en avons fait. S’il est sans pitié aujourd’hui, c’est parce que nous l’avons rendu impitoyable par nos comportements. Nous ne pouvons changer le monde que si nous changeons nous-mêmes, et cela commence par notre langage et notre façon de communiquer ».

Quelques extraits de l’éditorial de « La République des Pyrénées » de Jean-Marcel Bouguereau :
 
« 2012-2013 : changement de braquet
…si les hommes politiques sont à ce point décrédibilisés dans notre pays, c’est peut-être qu’ils sont en retard d’une révolution. …comme le note Michel Serres « l’autorité est en crise parce que nous passons d’une société hiérarchique, verticale, à une société plus transversale, notamment grâce  aux réseaux comme Internet. Tout ne coule plus du haut vers le bas, de celui qui sait vers l’ignorant. Les relations parent-enfant, maître-élève, Etat-citoyen… sont à reconstruire ».
JM Bougereau poursuit ainsi. Et le temps manque : nos sociétés sont écologiquement, économiquement, socialement, culturellement et politiquement malades. Il ne s’agit pas tant de « ré-enchanter le rêve français » que de changer les logiciels politiques et, surtout, de changer un modèle de développement qui nous mène à la catastrophe écologique, sociale et économique ». 

Ce fut une grande joie de lire dans la presse quotidienne, enfin ce constat éclairant l’avenir, évident pour moi et d’autres depuis longtemps : « les hommes politiques…en retard d’une révolution », constat exprimé par l’abbé Pierre il y a longtemps quand il disait que « la politique était le degré zéro de la pensée ».
 
Hommes politiques, réveillez-vous, nous avons besoin de tous et du meilleur de chacun, nous avons donc aussi besoin de vous, c’est notre job commun de piloter la construction du monde de demain.
 
Et, en cascade, une nouvelle grande joie matinale quand j’ai découvert sur les réseaux sociaux, la lettre périodique colibris, ci-dessous, signée de Pierre Rabhi :

Chères amies et chers amis,
Notre mouvement Colibris, conviant chacune et chacun de nous à faire sa part pour changer la société, suscite un ralliement qui ne cesse de s’amplifier. Par le principe d’un vivre ensemble fondé sur la puissance libératrice et créatrice de la sobriété, nous sommes invités à transcender ce qui nous divise et fédérer nos consciences. C’est alors que nous pourrons mutualiser nos talents, nos savoirs et savoir-faire, pour construire avec les décideurs qui en reconnaissent l’urgente nécessité, un monde respectueux de la vie, viable et vivable pour nous-mêmes et pour les générations à venir.

Nous lançons dès janvier la (R)évolution des colibris pour que tous ceux qui ne savent plus où se tourner dans la « chaotisation » grandissante du monde, trouvent des voies possibles pour se relier à d’autres et pour agir.

Par ailleurs, en septembre 2013, nous proposerons un ambitieux programme pour aider à créer partout où cela est possible des oasis de vie rassemblant toutes les thématiques que la société civile développe déjà : la souveraineté alimentaire, l’autonomie énergétique, un habitat sain à faible coût et faible consommation d’énergie, une autre éducation, la réhabilitation du lien social, etc. Nous sommes cependant pleinement conscients que c’est par le changement humain impliquant le changement de chacune et chacun de nous que la société pourra véritablement changer.

Si ces objectifs vous touchent et vous paraissent comme à nous essentiels, nous vous proposons de nous soutenir avec un don de 5, 10 ou 15 euros. Vos dons nous permettront de mobiliser largement des consciences toujours plus nombreuses et de faire fleurir au Nord comme au Sud, ces projets, ces Oasis, dont notre monde et chacune et chacun d’entre nous aura grand besoin dans les années à venir.

Grand merci à toute l’équipe de Colibris pour son remarquable travail.

Avec mon dévouement, ma gratitude et mon affection pour chacune et chacun. Pierre Rabhi.

Rappelons que le mouvement Colibris, aux nouveaux statuts futuristes, a été créé par Pierre Rabhi pour encourager l'émergence et l'incarnation de nouveaux modèles de société par une politique en actes. Citons ci-dessous, son analyse de la situation, très largement partagée maintenant :

« Les crises écologique, économique, sociale et culturelle que nous traversons, les enjeux auxquels nous sommes confrontés sont sans précédent. La course à la croissance et aux profits illimités épuise les ressources, aliène les personnes, affame les peuples, détruit la biodiversité.

L’humanité se trouve à un carrefour. L’interdépendance du vivant étant irrévocable, nous sommes appelés, si nous voulons assurer la pérennité et l’épanouissement de l’espèce humaine sur la planète, à profondément et consciemment changer la vision que nous avons du monde et de la société ».

Ayant eu la chance de participer activement à la construction du mouvement Colibris, je trouve remarquables les quelques 10 minutes d’enregistrement video de Pierre Rabhi, lors du Forum Ouvert de lancement de ce mouvement Colibris. Ce fut un moment important, riche de belles émotions constructives.    

9-FR : Pour clôturer cet épisode et compte tenu de la saison, tu souhaitais, en guise de Vœux pour 2013, faire un cadeau extraordinaire, aussi je te laisse le soin de le présenter.
SJ : J’ai réfléchi à un cadeau pour les temps présents, qui soit à la fois beau, gratuit, à l’information quasi infinie, enrichissant pour tous, donnant le moral et favorisant le Vivre Ensemble, au niveau de notre jolie petite planète bleue. J’ai trouvé que le projet « 7 Milliards d’autres », qui m’avait passionné en 2009, était cet oiseau rare recherché. Aussi, sans commentaire superflu, je vous recommande d’avoir l’adresse de ce site à proximité et ainsi vous ne vous lasserez pas de voir nos Frères Humains s’exprimer sur tous les sujets essentiels de l’existence : vous pourrez visionner une petite centaine de films, ... et écouter quelques 6000 interviews recueillies dans 84 pays. Bonne année 2013 à toutes et à tous.